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Avis Boox Picco : la liseuse plus petite que votre téléphone

Une liseuse de 58 grammes, la largeur d'une carte à jouer, signée Boox et vendue 110 €. L'objet fait le tour des réseaux depuis l'IFA. Reste à comprendre ce qu'on achète, parce que ce n'est pas la Palma miniature que tout le monde imaginait.

Boox Picco tenue dans une main, une page de texte affichée sur son écran e-ink de 3,97 pouces
Boox Picco argentée vue de face et de dos, carte de tarot illustrée sur son écran e-ink de 3,97 pouces
BOOX

Boox Picco

La Boox Picco pousse le format de poche plus loin que tout le monde : 58 grammes, 5,5 millimètres, un écran de 3,97 pouces à 235 ppi.

Écran E-ink monochrome 3,97 pouces, 480 × 800, 235 ppi, tactile
Éclairage Frontal, chaud et froid, avec un bouton physique dédié
Système Linux allégé propriétaire (pas d'Android, aucune application tierce)
Formats lus EPUB, MOBI, AZW3, FB2, TXT, RTF, HTML, CHM sans DRM (ni Kindle, ni Kobo, pas de PDF)

La Boox Picco, c’est la liseuse qu’on a vue partout depuis début septembre : 58 grammes, la largeur d’une carte à jouer, présentée à l’IFA de Berlin et photographiée entre deux doigts par à peu près tout ce que la presse tech compte de journalistes. Avec, à chaque fois, le même mot : « adorable ».

Mon angle, je vous le donne tout de suite : la Picco n’est pas une Palma 2 miniature à 110 €, et c’est ce malentendu qui va faire le plus de déçus. Pas d’Android, pas de Kindle, pas de Kobo. Une fois qu’on a intégré ça, l’objet devient nettement plus intéressant, parce qu’il vise une cible précise, et qu’il la vise bien.

Voici donc ce qu’elle est, ce qu’elle apporte face à la Xteink X4 Pro qui occupe le terrain depuis un an, et pour qui la précommande a du sens.

D’abord, ce qu’elle n’est pas

Boox, jusqu’ici, c’était Android. Des liseuses ouvertes, Play Store à bord, sur lesquelles on installe Kindle, Kobo, Vivlio et tout le reste. La Palma 2 en est l’illustration parfaite : un smartphone sans SIM avec un écran e-ink, un concept qu’on a décortiqué dans son avis. Alors quand Boox a teasé une liseuse de 3,97 pouces cet été, tout le monde a fait le même calcul : une Palma de poche, à prix cassé.

Raté. La Picco inaugure une nouvelle gamme, baptisée Tile, et elle tourne sous un système Linux allégé, fermé. Aucune application tierce, aucun magasin d’applis, aucune notification. On y trouve un lecteur maison, une visionneuse d’images et une poignée d’outils intégrés : un minuteur Pomodoro, une liste de tâches, un compte à rebours, des statistiques de lecture. C’est tout, et c’est voulu.

Ce renoncement à Android explique le prix (109,99 €, contre 300 € pour une Palma 2) et le poids (58 grammes contre 170). Il explique aussi pourquoi cette liseuse ne s’adresse pas du tout aux mêmes personnes.

Le format, et ce que Boox y a mis

Les chiffres d’abord : 105,5 × 62 × 5,5 millimètres, 58 grammes. C’est la largeur d’une carte à jouer, un peu plus haute, et plus fin qu’un smartphone actuel. Elle disparaît dans une poche de jean, et à ce poids, on l’oublie au fond d’une veste jusqu’au moment de lire (ou jusqu’au passage en machine, vérifiez vos poches).

L’écran fait 3,97 pouces en 480 × 800, soit 235 ppi. Pas les 300 ppi d’un Kindle, mais net pour du roman sur une surface aussi petite (à cette taille, on tourne les pages souvent, autant qu’elles soient lisibles). L’éclairage frontal se règle du chaud au froid et, surtout, il a son bouton physique dédié sur la tranche : on allume la lampe pour lire au lit sans traverser trois menus. Deux autres boutons tournent les pages, l’écran est tactile en plus, et chaque touche se reprogramme (appui court, appui long).

Le lecteur maison offre des réglages de police complets : taille, interligne, alignement, espacement. C’est le savoir-faire d’une marque qui fait des liseuses depuis plus de quinze ans, et c’est précisément ce qui manque aux mini-liseuses arrivées de Chine avec deux polices et zéro dictionnaire.

Et le détail qui change tout par rapport à la concurrence : un port USB-C. Ça paraît bête. Ça ne l’est pas quand la Xteink X4 Pro, sa rivale directe, se recharge par un câble aimanté propriétaire qu’on perd en trois semaines.

Le mur des formats : ni Kindle, ni Kobo, ni PDF

Voilà la section qui décide de l’achat.

La Picco lit l’EPUB, le MOBI, l’AZW3, le FB2, le TXT, le RTF, le HTML et le CHM. La liste est longue, plus généreuse que celle d’une Xteink, mais elle a une condition : aucun fichier protégé par DRM. Vos achats Kindle sont verrouillés par Amazon, vos achats Kobo par Adobe. Ni les uns ni les autres ne s’ouvriront dessus, et sans Android, aucune appli ne viendra contourner ça.

Deuxième absence, et elle surprend venant de Boox : pas de PDF. Sur un écran de 3,97 pouces, c’était de toute façon perdu d’avance, mais autant le savoir. Idem pour la BD et le manga : ce n’est pas une liseuse à illustré, c’est une liseuse à romans, et à texte uniquement.

Concrètement, la Picco est faite pour une bibliothèque personnelle en formats ouverts : domaine public (Gutenberg, Gallica), éditeurs qui vendent sans DRM, fichiers rangés sous Calibre. Dans ce cadre, elle est chez elle. En dehors, chaque euro sera mieux placé dans un Kindle Paperwhite, qui lit vos achats sans discuter.

Les zones d’ombre avant novembre

La Picco se précommande, elle ne se livre pas encore : Boox vise novembre 2026. Et à ce stade, trois points restent flous.

L’autonomie, d’abord. La batterie fait 920 mAh, moins que les 1100 de la X4 Pro, et Boox ne communique aucun chiffre. Sur une liseuse e-ink sans Android, ça se compte d’habitude en semaines ; en attendant l’annonce officielle, considérez-la comme une inconnue.

Le transfert des livres, ensuite. Officiellement, ça passe par l’appli BOOX Tiles (depuis le téléphone, en Wi-Fi local) ou par une interface web, et le câble USB-C fait aussi l’affaire depuis un ordinateur. Mais la carte microSD est préinstallée, et rien n’indique qu’on puisse la sortir pour la remplir à la main comme sur une Xteink. Un passage quasi obligé par l’appli, sur un objet qui vend la déconnexion, c’est un petit paradoxe.

Le Bluetooth, enfin, est bien là, sans qu’on sache à quoi il servira : ni lecteur audio, ni livres audio au lancement (on verra bien ce que Boox en fera).

Pour quel lecteur ?

Sa rivale s’appelle Xteink X4 Pro, et on l’a passée au crible. Même prix une fois la douane payée, même règle du jeu sur les formats. La Xteink garde un écran un peu plus grand (4,3 pouces), des aimants pour la coller au dos du téléphone et une scène de firmwares libres. La Picco répond avec l’USB-C, une garantie européenne et une finition d’un autre niveau. Le choix se fait là-dessus, pas sur les grammes.

Bibliothèque en formats libres
Sa cible exacte. Domaine public, éditeurs sans DRM, fichiers sous Calibre : elle lit tout ça, et le format fait le reste.
Bibliothèque Kindle ou Kobo
Passez votre chemin. Aucun achat protégé ne s'ouvrira dessus, et sans Android, aucune appli ne le fera à sa place.
Envie de décrocher du téléphone
Zéro appli, zéro notification, une lampe sur bouton : c'est l'objet qu'on sort à la place du smartphone dans le métro ou au lit.

En clair : des romans en formats ouverts, lus par tranches de dix minutes volées, et la Picco est taillée pour vous. Tout le reste, aucune mise à jour n’y changera rien.

Le verdict

La Boox Picco n’est pas la Palma de poche que la rumeur promettait, et c’est tant mieux : à 110 €, un Android miniature aurait été lent, gourmand et frustrant. À la place, Boox livre une mini-liseuse mono-fonction, finie comme un objet de marque, avec l’USB-C, la garantie européenne et un logiciel de lecture que ses concurrentes n’ont pas. Le contrat est clair, à condition d’en accepter la clause principale : des formats ouverts, sans DRM, ou rien.

Elle est faite pour :

  • Les lecteurs dont la bibliothèque vit en EPUB libres, rangée sous Calibre
  • Ceux qui lisent dans les interstices : transports, files d’attente, dix minutes au lit
  • Qui veut un objet sans appli ni notification, pour décrocher du téléphone
  • Ceux qu’un achat en Chine, port et douane compris, refroidissait chez Xteink

Elle n’est pas faite pour :

  • Toute bibliothèque achetée chez Amazon, Kobo ou la Fnac
  • Les lecteurs de BD, de mangas et de PDF : 3,97 pouces et pas de PDF, le sujet est clos
  • Qui espérait une Palma miniature avec Kindle et Kobo à bord
  • Les bricoleurs de firmware : le système est fermé, et le restera

Ce qu’on aime :

  • Le format, 58 grammes et 5,5 millimètres, la largeur d’une carte à jouer.
  • L’USB-C, enfin, sur une liseuse de ce gabarit.
  • L’éclairage chaud et froid sur bouton dédié, et des réglages de police dignes d’une liseuse de marque.
  • L’achat rassurant, entrepôt européen, deux ans de garantie, trente jours de retour.

Ce qu’on aime moins :

  • Le mur des DRM, qui écarte d’un coup la majorité des bibliothèques existantes.
  • Pas de PDF, une première chez Boox.
  • Le transfert via l’appli BOOX Tiles, un passage quasi obligé sur un objet qui vend la déconnexion.
  • L’autonomie inconnue, avec une batterie de 920 mAh qui n’a rien d’énorme.

Si votre bibliothèque est libre et que vous lisez debout, par tranches de dix minutes, la Picco est la mini-liseuse la plus rassurante à précommander aujourd’hui. Si vos livres viennent d’Amazon, notre comparatif des liseuses vous remettra sur les modèles qui les liront sans discuter.

Questions fréquentes

Les réponses aux questions qu'on nous pose le plus souvent.

Non, et c'est la différence de fond avec les Palma. La Picco tourne sous un système Linux allégé et fermé, sans Play Store ni installation possible : ni Kindle, ni Kobo, ni Libby, ni aucune application tierce. À bord, un lecteur maison avec de vrais réglages de police, une visionneuse d'images et quelques outils (minuteur Pomodoro, liste de tâches, compte à rebours, statistiques de lecture). C'est un choix assumé, qui explique le prix et le poids : un Android à 110 € sur un écran de 4 pouces aurait été lent et gourmand. Si vous voulez l'ouverture Android dans la poche, c'est la Palma 2 qu'il vous faut, à trois fois le prix.
Non. La Picco lit une longue liste de formats (EPUB, MOBI, AZW3, FB2, TXT, RTF, HTML, CHM) mais uniquement sans protection. Vos achats Kindle sont verrouillés par les DRM d'Amazon, vos achats Kobo par ceux d'Adobe, et sans Android, aucune appli ne viendra les ouvrir. L'AZW3 dans la liste ne change rien : c'est le format Kindle sans DRM, celui qu'on fabrique soi-même sous Calibre. La Picco est faite pour une bibliothèque personnelle en formats ouverts : domaine public (Gutenberg, Gallica), éditeurs qui vendent sans DRM, fichiers gérés sous Calibre. Si vos livres viennent d'Amazon ou de la Fnac, prenez un Kindle.
Sur la boutique BOOX Europe, elle est affichée à 109,99 €, expédiée depuis un entrepôt européen, avec deux ans de garantie et trente jours pour la retourner. Au moment où j'écris, la page indique « bientôt disponible » et Boox annonce une livraison en novembre 2026. La boutique américaine l'affiche à 99,99 $, mais une fois le port et la TVA à l'import ajoutés, l'écart disparaît, sans la garantie européenne. Pour situer : c'est le prix d'une Xteink X4 Pro livrée en France, douane comprise, et un tiers du prix d'une Palma 2.
Trois chemins. L'appli BOOX Tiles, depuis le téléphone, envoie les fichiers en Wi-Fi local ; une interface web fait la même chose depuis un navigateur ; et le câble USB-C relie la liseuse à un ordinateur. Les livres se rangent sur une carte microSD de 16 Go, préinstallée, extensible jusqu'à 2 To (autant dire l'infini pour du texte). Le passage par l'appli est le chemin officiel, ce qui fait grincer des dents sur un objet vendu pour décrocher du téléphone. Le réflexe qui marche : préparer une bibliothèque propre sous Calibre, puis l'envoyer d'un coup.
Boox n'a pas encore donné de chiffre, et la batterie de 920 mAh n'a rien d'énorme (la Xteink X4 Pro en a 1100). Sur une liseuse e-ink sans Android, l'ordre de grandeur se compte d'habitude en semaines plutôt qu'en jours, l'éclairage frontal étant le seul poste qui pèse. Tant que l'appareil n'est pas livré, considérez l'autonomie comme une inconnue, pas comme un acquis. Bon point en revanche : elle se recharge en USB-C, donc avec n'importe quel câble qui traîne déjà dans votre sac, là où sa rivale impose un câble propriétaire.
Non, et c'est net. Le PDF n'apparaît pas dans les formats pris en charge, ce qui surprend venant de Boox, dont les grandes tablettes en font une spécialité. Les formats de BD numérique (CBZ, CBR) ne sont pas là non plus. De toute façon, sur un écran de 3,97 pouces, une planche de BD ou une page A4 seraient illisibles. La Picco est une liseuse à romans, et à texte uniquement. Pour la BD et le manga, il faut un écran plus grand, et de préférence en couleur, comme une Kobo Libra Colour.

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